Interview
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel interview. Je suis Shantel, journaliste indépendante et aujourd'hui, j'ai la chance de recueillir les propos d'ANN.ONYMUS, cette artiste qui, depuis plusieurs mois, mène des luttes et des combats sociaux, non pas à l'aide de mots, mais à l'aide de pinceaux.
Pour préserver l'identité d'ANN.ONYMUS, ces propos ont été recueillis par téléphone.
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Bonjour ANN.ONYMUS, merci de m'accorder quelques minutes de votre temps. Depuis plusieurs mois, vos œuvres ont commencé à fleurir dans les rues de Chicago. Ce sont des tableaux aux histoires lourdes de sens que vous nous proposez. D'où vous est venue l'idée de la peinture comme moyen de lutte ?
Merci Shantel. Vous savez, j'ai toujours vécu à Chicago. Je fais partie de ces Américains qui n'ont jamais quitté leur état de naissance et qui, par logique, y sont forcément attaché. Pour beaucoup, Chicago est une ville qui a très mauvaise réputation et ces dernières années n'ont fait que renforcer cette image de "ville de la violence". Quoi qu'il arrive, cette ville restera celle qui m'a vue grandir et évoluée. Peindre est donc un moyen pour moi de lui rendre hommage et de lui redonner la grâce et la majesté qu'elle avait avant que les armes à feu pullulent et polluent notre quotidien.
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Vos parents sont respectivement avocat et chirurgien, vous avez donc pris une voie bien différente de la leur. Y-a-t-il une figure artistique particulière qui vous a inspirée?
J'ai toujours été inspirée par le travail de l'artiste anonyme Banksy. Bien que nos travaux soient différents, je retrouve chez lui, ce côté très militant qui m'a toujours animée. Je suis d'autant plus inspirée par cet artiste qu'il parvient encore après des années, à maintenir le secret sur son identité.
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Vous parlez justement de l'anonymat de Banksy. On sait qu'il a décidé de garder son identité secète pour préserver, selon ses termes, "le mystère de [son] art". Est-ce pour la même raison que vous souhaitez rester anonyme?
Non, pas du tout, bien au contraire. Je souhaite rester anonyme car je veux que l'on s'intéresse à mon art et non pas à l'artiste qui se cache derrière. Je veux que les gens s'intéressent à mon art, je veux que mes peintures interpellent et face bouger les choses. J'ai conscience que les gens ont envie de percer le mystère de l'identité (j'ai moi-même envie de savoir qui se cache derrière Banksy), mais je préfère que les gens s'intéressent à ce que je veux dire, plutôt qu'à ma vie personnelle sans grand intérêt (rires).
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Parlez-nous de I want you to live like our world isn't on fire. Il s'agit de l'un des tableaux qui a le plus fait le tour du monde, comment expliquez-vous cela?
Je pense que ce tableau a fait le tour du monde parce que c'est un tableau concret qui touche les gens. Ce n'est pas autant le tableau que l'histoire qui se cache derrière qui a provoqué l'émotion. J'ai beaucoup utilisé l'abstrait dans ma première collection, mais ce tableau, c'est un portait. C'est le portrait d'une femme mais aussi d'une victime collatérale. Qu'on vienne de Chicago, de Paris, de Madrid, de Melbourne ou de n'importe où, cette femme qui pleure, c'est la fille de tout le monde, c'est une personne réelle à laquelle les gens s'identifient.
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Votre art est donc un art militant. Vous vous êtes rendue sur les lieux de plusieurs fusillades, vous avez même exposé directement là-bas, ce n'est pas dur psychologiquement de faire face à toute cette violence?
Je mentirais si je disais que c'est facile. De voir les taches de sang sur le goudron, les fleurs laissées là par des inconnus, les visages des familles qui ont perdu un être cher, c'est dur. C'est violent mais malheureusement, c'est la réalité. Je pense qu'il faut raconter la vérité pour que les gens comprennent ce qui se passe autour d'eux. Les violences entre les communautés et les violences policières, on dit toujours que c'est triste, mais tant que ça n'est pas arrivé à quelqu'un de proche ou à soi-même, on n'a pas conscience de la gravité des choses. Pour raconter cette vérité, je pense qu'il faut l'affronter directement. J'aime me qualifier de peintre de terrain car je pense que c'est au plus près que je puise mon inspiration.
Propos recueillis par Shantel Donalson pour le Chicago Independent.
